FAQ

Vous feriez mieux de vous battre pour de vraies causes / vous n’avez rien de plus important à faire ?

Il y a du marketing genré pour hommes, aussi.

Mais les filles aiment le rose, c’est naturel

Mais ça répond à une demande, les femmes veulent ce produit !

Mais les femmes ont des mains plus petites/sont moins fortes

Vous prônez l’indifférenciation ! Vous voulez effacer les différences !

N’achetez pas si ça ne vous plaît pas.

Vous interdisez à celles qui aiment d’acheter / vous entravez le choix des femmes

Oui mais les vêtements / le maquillage, hein ?


Vous feriez mieux de vous battre pour de vraies causes / vous n’avez rien de plus important à faire ?

Cette question est un grand classique du féminisme. Quelle que soit la cause / le combat, il y aura toujours une personne pour dire que ce n’est pas un vrai combat et qu’il y a plus important ailleurs. Cette question présuppose deux choses : qu’il existe une hiérarchie des luttes, et que les luttes sont excluantes.
Rien n’est plus faux.

Premièrement, il y aura toujours une cause qui semblera plus importante à une personne qu’à une autre. Comment décider laquelle passe avant l’autre ? C’est au choix de chacun·e.
De plus, certains problèmes peuvent apparaître plus urgents/importants (le viol) alors qu’ils sont le fruit de problèmes qui sont plus « invisibles » (le non-respect du corps et du consentement de la femme) qui s’expriment dans des choses parfois très anodines (« les filles ça change tout le temps d’avis »). Dénoncer celles-ci revient à faire avancer beaucoup plus de choses qu’il n’y paraît. Tout est lié dans le féminisme, et dénoncer les petites choses quotidiennes est aussi légitime et important que de lutter pour les « grandes causes ».

Deuxièmement, les luttes ne sont pas excluantes. La plupart des féministes en mènent plusieurs de front, et s’autorisent parfois à se fendre d’un tweet accusateur sur un produit genré, qu’une autre féministe reprendra de suite.
Twitter est un outil très utilisé pour dénoncer le marketing genré, car il est rapide. S’ensuit une avalanche de tweets, qui peuvent donner aux observateurs·trices distrait·e·s l’impression que ces personnes ne font que ça, alors qu’en vérité l’opération aura pris à peine une minute pour chacune d’entre elles.
Pour plus de précisions sur pourquoi il est important de dénoncer le marketing genré, voir la page Pourquoi.

Et si vous souhaitez consacrer votre attention à des personnes qui ont des combats « plus importants », nous vous invitons à prendre contact avec des associations telles que Les Dé-chaînées.

→ Lire aussi : C’est la faute à Ève, Jaddo

[…]peut-être, quand on dit que le vrai truc important c’est l’égalité des salaires, et qu’il faut commencer par ça, peut-être que justement il faut commencer par l’autre bout des choses. Peut-être que le jour où on arrêtera d’apprendre à nos gosses qu’il y a des couleurs, des jeux, des métiers pour filles et des pour garçons, peut-être que quand on commencera à accepter les féminins de mots traditionnellement masculins, peut-être que quand on arrêtera de rire grassement à la blague d’un pote qui commente pas méchamment pour rire les cuisses d’une fille qui passe dans la rue, peut-être que quand on aura mené ces combats ô combien dérisoires, d’eux-mêmes, sans révolution, les gens se mettront à payer les femmes du même salaire que les hommes.

Il y a du marketing genré pour hommes, aussi.

En effet, et nous le recensons aussi. Cela dit, la dynamique du marketing « au masculin » n’est pas la même que les produits dits pour femme.
Le marketing genré s’applique aux hommes quand il s’agit de leur vendre un produit que l’on faisait passer jusque là pour un produit destiné aux femmes – cela concerne par exemple la lessive, le fer à repasser ou le yaourt (nourriture de fille au régime s’il en est). Il s’agit donc de réussir à faire acheter ce produit sans que l’Homme ne se sente attaqué dans sa virilité en utilisant un produit traditionnellement féminin : tout est fait pour lui rappeler à quel point il est fort et puissant et très masculin.

Cela met en lumière un problème récurrent du sexisme : s’il peut être accepté pour une femme d’utiliser un produit pour homme, il est très mal vu qu’un homme utilise un produit pour femme ou montre un intérêt pour un passe-temps/métier traditionnellement féminin (combien de parents accepteraient de mettre leurs petites filles en pantalon, et de mettre du vernis ou une robe à un petit garçon, même dans le cadre d’un déguisement, même s’il le demande ?).
Cela le diminue dans son image car être une femme, c’est dégradant. On pourrait le voir comme une « femmelette », ou pire, un homosexuel. (Rappelons à toutes fins utiles que le genre n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle).

Le marketing genré parlera donc aux femmes de douceur, de velouté, de rose, de relaxation, de douceur, de séduction, tandis qu’il s’adresse aux hommes avec des notions de force, de vigueur, de conquête, d’aventure et surtout de virilité (voir les brosses à dents Sanogyl).

Mais les filles aiment le rose, c’est naturel

Aucune composante biologique/physiologique ne prédispose les petites filles à aimer le rose. En fait, il y a cent ans, le rose était une couleur destinée aux petits garçons (car une version atténuée du rouge, viril), et le bleu aux petites filles (couleur douce, de la Vierge et de la maternité).
Les jouets ont commencé à être genrés massivement dans les années 90, se traduisant par une montée en puissance du rose pour filles. Si autant de petites filles plébiscitent aujourd’hui le rose, c’est la résultante d’une construction culturelle et d’injonctions sociales. Oui, même votre nièce dont les parents n’ont jamais acheté de Barbie. Les enfants sont confronté·e·s très tôt aux injonctions artificielles de genre, que ce soit par leurs parents, les médias ou leurs camarades, et pour beaucoup ils s’y conforment très vite, pour éviter le rejet du groupe.

Cela étant, aimer le rose n’est pas une tare en soi. Le problème, c’est de décréter qu’un produit est « pour fille » dès lors qu’il est rose, et de ne proposer aux filles que des produits de cette couleur. Une robe de princesse ou un vélo seraient-ils moins amusants en bleu ou jaune ?

Voir aussi : Riley, 6 ans, qui s’interroge sur la segmentation des jouets.

Mais ça répond à une demande, les femmes veulent ce produit !

Il est en effet possible qu’un produit genré réponde à une demande et vienne combler une niche jusque-là vide. Est-ce pour autant une raison pour le genrer ?
Prenons deux exemples…
La brosse à dents Sanogyl pour Elle, petite et douce, et pour Lui, grande et dure : que choisissent les hommes aux gencives sensibles ? les femmes qui ont de grandes mains/une grande mâchoire ? Pourquoi ne pas avoir simplement créé une petite et une grande brosses, avec poils durs ou non comme cela se fait depuis si longtemps, sans injonction de genre ?
La carte bancaire avec garantie sac à main et plombier intégrée, qui a eu tellement de succès que même des hommes l’ont achetée ! Il est donc évident que ce produit attire aussi des hommes, et qu’il est inutile de le genrer – pire, cela risque de rebuter certains clients, intéressés par les services mais ne souhaitant pas s’afficher avec une carte « de fille ».

Idem pour les couleurs : oui, certaines femmes aimeraient un peu de plus de couleurs sur leur voiture/téléphone/ordinateur/etc.. Mais pourquoi cela serait-il réservé aux femmes ? Quid de la Game Boy Color et de l’iMac  G3?

Enfin, rappelons que 91% des femmes se disent incomprises par les publicitaires…

Mais les femmes ont des mains plus petites/sont moins fortes

Voir la réponse précédente. Oui, globalement, les femmes sont plus petites. Pour autant, les variations d’un individu à l’autre peuvent être immenses, et les plus grandes femmes dépassent de beaucoup les hommes les plus petits. On ne peut donc réduire une taille/une musculature à un sexe particulier.

Le problème n’est donc pas de créer des produits plus petits ou plus grands que la normale, mais de les étiqueter systématiquement « pour femme » ou « pour homme ». Ce faisant, les individus, femmes et hommes, faisant partie des extrêmes sont automatiquement exclus, ce qui ne serait pas le cas avec une gamme aussi simple que « petit râteau », « râteau moyen » et « grand râteau ».

Vous prônez l’indifférenciation ! Vous voulez effacer les différences !

Ne différez-vous de vos proches et vos ami·e·s que par votre appareil génital ? N’avez-vous pas chacun des goûts et des aspirations différents, indépendamment de votre genre ?
Il est évident que sans les injonctions liées au genre, les individus seraient tout aussi différents qu’ils le sont actuellement. Mieux, un homme pourrait acheter la voiture jaune citron ou rose qui lui plaît sans se soucier du qu’en-dira-t-on, et une femme sa perceuse dernier cri sans que l’on remette en doute ses compétences.

C’est au contraire le marketing genré et les stéréotypes de genre qui essaient de gommer les différences, en prétendant que toutes les femmes aiment le rose et sont au régime en permanence, sans individualisation possible.

N’achetez pas si ça ne vous plaît pas.

Hélas, détourner la tête ne suffit pas à régler le problème, et c’est bien de cela dont il s’agit : régler un problème, et non l’ignorer.

Vous interdisez à celles qui aiment d’acheter / vous entravez le choix des femmes

Au contraire, nous déplorons le manque de choix. Nous revendiquons le droit à jouer avec des petites voitures, à acheter une mallette d’outillage sans quelle soit forcément couverte de strass, à utiliser le premier stylo qui nous tombe sous la main.

Oui mais les vêtements / le maquillage, hein ?

La mode a énormément évolué au cours des siècles, les hommes ont porté des robes, de la dentelle, du maquillage. Ce n’est plus admissible aujourd’hui. Nous le déplorons et aspirons à un monde où chacun-e porterait ce qui lui plaît.

Cependant, les modes masculine et féminine actuelles sont très ancrées dans la société, depuis longtemps, et ne bougeront pas tant que les injonctions liées au genre seront en place. Nous nous attardons ici sur les produits récemment genrés et le marketing autour. Le marketing de la mode est un domaine différent de la consommation courante et n’est pas régi par les mêmes règles.


NOTE : nous utilisons ici les termes de femme et d’homme car c’est sur ces deux bases fondamentales que fonctionne le marketing genré. Si une remarque ou une phrase sur le site vous paraît hétérocentrée, homo/lesbophobe, transphobe ou autrement offensante, nous en sommes profondément désolées et vous prions de bien vouloir nous indiquer le problème afin que nous puissions y remédier.
Nous utilisons également les termes d’hétérocentrisme et de ciscentrisme pour évoquer l’invisibilisation des personnes queers et transgenres, qui nous paraissent différents des termes d’homophobie et de transphobie (qui font référence à une vraie volonté de nuire, tandis que les premiers évoquent plutôt une ignorance).  Là encore, si vous pensez que nous sommes dans le faux, n’hésitez pas à nous en faire part.
→ voir le Glossaire.

NOTE 2 : vous êtes féministes depuis la nuit des temps et nous avons écrit une bêtise, une approximation ? n’hésitez pas à nous le faire remarquer, nous corrigerons ✿

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